Le projet

Le projet, par Pierre Eymery

L'idée de créer un arboretum date du début des années 1990 mais mon intérêt pour les arbres  est né une douzaine d'années plus tôt. C'est après avoir parcouru de nombreux parcs et jardins régionaux que j'ai entrepris de visiter des arboretums historiques. Emerveillé par leur prodigieuse richesse botanique et frappé du fait qu'ils étaient, pour la plupart, très anciens, j'ai considéré qu'il était important de créer une collection dans ma région d'origine, très peu pourvue. 

Le projet initial prévoyait un partenariat avec une collectivité (mise à disposition de terrain) et un appel avait été lancé en ce sens. Plusieurs éminents spécialistes, sollicités, avaient soutenu la démarche, qui avait même été relayée au niveau mondial par le Courrier de l'Unesco ! Des lettres de soutien étaient parvenues du monde entier.

Les différents contacts n'aboutirent finalement pas. C'est donc vers une collection privée que le projet a évolué, parallèlement à la création d'une pépinière d'arbres rares ou méconnus. D'ores et déjà je cultivais des végétaux dans ce but.

En 1993 un terrain convenant au projet était enfin trouvé et les premières plantations eurent lieu. A cette date le terrain n'était pas encore en propriété et il faudra attendre 1995 pour que celle-ci soit effective.

Le site a été choisi pour son caractère vallonné et sa surface d'un seul tenant. Il s'agissait d'une immense prairie, destinée à la pâture estivale d'une centaine de moutons. Un seul arbre, un vénérable noyer, occupait le site qui comportait cependant deux petits espaces de boisement naturel en chacune de ses extrémités.

Le site en 1993 : une immense prairie de pâture à moutons

À l'origine le projet d'arboretum ne concernait qu'une partie du site, sur environ six hectares. Les arbres y ont été implantés en tenant compte de leur développement futur, c'est à dire à large distance les uns des autres. Des espaces dégagés ont été maintenus afin de maintenir des perspectives et un recul suffisant pour l'observation.

Parallèlement une pépinière était créée, en vue de produire des espèces méconnues. Cette dernière, implantée au centre du site, fut progressivement étendue avec le développement de la production. 


Mai 1994. Au centre, la première mise en culture de la pépinière.

Au fil des ans certains arbres, devenant trop grands, devinrent invendables. Ils furent maintenus en raison de leur intérêt esthétique ou botanique, créant peu à peu des ilots dans la pépinière. En 2007, quand l'activité de production cessa, ces arbres préservés avaient beaucoup grandi et créaient déjà un début d'ambiance forestière. Finalement l'ensemble de la surface de pépinière a été convertie en espace protégé au vu de l'intérêt esthétique et botanique qu'elle présentait. Des cheminements ont été tracés et l'on peut aujourd'hui parcourir cette espace d'une extraordinaire diversité.

Août 2006

Annexée à l'arboretum l'ancienne pépinière en constitue aujourd'hui la partie la plus spectaculaire. Cependant cette orientation tardive présente quelques inconvénients : les végétaux ont été très densément plantés. Ils n'étaient pas, à l'origine, destinés à rester en place. Avec les années cette densité tend vers l'étouffement progressif des espèces les moins concurentielles et l'accès à la lumière conduit à une lutte âpre entre les espèces. Il y a donc lieu d'intervenir pour ouvrir des clairières et sacrifier certains arbres au bénéfice d'autres jugés plus intéressants. Contrairement à un jardin, dont les plantations sont pensées selon un objectif final, il faut ici évider la masse végétale en développement. Ouvrir des espaces là où, habituellement, la création consiste à remplir le vide.

La pépinière en octobre 2003 : jeunes cultures au premier plan, début de la densification juste derrière. 
Au fond, les coteaux de la partie arboretum

L'évolution est donc constante puisque chaque année de nouvelles trouées sont faites en vue de compenser l'exubérance végétale. Cette dernière, si elle n'était pas jugulée,  conduirait inévitablement à un fouillis forestier duquel aucune espèce ne serait mise en valeur. Quoi qu'il en soit cette ancienne pépinière évoluera vers une ambiance forestière et, à terme, le nombre des spécimens conservés ira en diminuant.

Vue lointaine du site dans son environnement (octobre 2016). 
À gauche, dense et colorée, l'ancienne pépinière. Vers la droite, avec des arbres plus espacés, la partie asiatique de l'arboretum.